
Oui je sais, certains vont dire : «Ocean’s 13, ça fait pas un peu beaucoup ? ». Mais quoi de plus logique, nous étions treize et nous naviguions non loin de l’océan.
Tout a commencé en observant le calendrier. Le pont du 11 novembre semblait parfait pour ce genre de sorties. Après un petit tour de table et quelques mails au bureau et Julio, la sortie fut validée et lancée. La seule incertitude qui restait: « Est-ce que les feux de la remorque fonctionnent ?». La météo s’annonçait plutôt favorable avec peu de risques de dégradations.
Vendredi 11, rendez-vous à midi pour un chargement express. Les 13 kayaks sont montés et sanglés, le petit matériel compté et chargé. On fixe le départ le lendemain à 7h.
Au réveil, un SMS d’Eric (envoyé dans la nuit) qui annule sa participation in extremis. Il a dû accompagner sa fille à l’hôpital pour une urgence médicale. Depuis, tout est rentré dans l’ordre, elle va mieux. Plus de peur que de mal. Ce n’est que partie remise pour la sortie en K2.
Sur la route, Michael finit sa courte nuit au rythme des péages (pile dans l’axe de mon rétro), Perrine et Xavier jouent aux copilotes sur les conseils de Jean-Marc notre TomTom Normand (peut-être bien par là, peut-être bien que non). Bruno avec Cécile et Myriam suivent derrière, à distance façon à éviter les surprises avec les feux de la remorque.
Vers les 10h30, nous arrivons à Fécamp. Pour ce remettre de la route et de ces contorsions, une pause pipi café chocolat (le tout séparé bien-sûr) s’impose. La patronne du café nous installe, prend la commande et revient assez vite (trop vite) avec des cafés et des chocolats-chauds qui n’avaient de chocolat que le nom. Pardon, j’ai oublié que la Normandie c’est le pays du lait et pas celui du Cacao.
En sortant du café, le long du chemin vers la plage, je remarque les regards des gens du coin. Ils nous scrutent d’un air à la fois familier et plein de mystère. Je trouve ça de plus en plus bizarre. En fait ils avaient tous reconnu Jean-Marc. Jeune ado et pendant une dizaine d’années, cette partie de la Haute-Normandie a été le terrain de jeux de ses vacances. Rien n’avait de secret pour lui, il a des souvenirs dans chaque galet et chaque bout de falaise se souvient de lui. Les mouettes suspendent leur vol pour venir le saluer, les cormorans sortent de l’eau et viennent se prosterner encore tout mouillés sur son passage, les pêcheurs sur leurs bateaux improvisent en « Live » un concert de cornes de brume et de sirènes … Quand soudain, ma tête heurta le verre glacé de la vitrine du café. Ouf ! Je me suis juste assoupi quelques secondes sur les paroles de Jean-Marc qui racontait ses souvenirs de vacances passés dans le coin, voilà tout.
Retour vers le camion, où nous retrouvons Alex. Un peu déçue de ne pas naviguer en K2, elle nous accueille malgré tout avec un grand sourire. Nous faisons connaissance avec son mari et ses deux charmantes petites filles qui la regardent depuis cette sortie comme une grande aventurière, une sorte de «Lara Croft» des mers, ce qui rend Erwan son mari fou de joie. Depuis, il court sur la plage en criant : «Je suis le mari de Lara Crooooooft !».
Après un petit tour de toboggan pour Anne-Marie (j’ai des photos), le rituel du déchargement peut commencer. Puis le déshabillage/rhabillage sous le regard curieux (comme toujours) des touristes emmitouflés.
Avec Bruno et Jean-Marc nous faisons la navette jusqu’à Etretat. A notre retour, Xavier et Guillaume nous attendent sur la plage et ont visiblement assuré la mise sur l’eau sans soucis de tout le groupe.
La mer est belle, un léger vent (trois-quarts dans le dos) nous pousse gentiment. Jean-Marc est aux avant-postes suivi de Xavier. Florence qui en est à sa 72ème sortie papote avec Alex et Cécile. Céline pour qui c’est la première sortie se sent bien et avance tranquillement. Anne-Marie, Guillaume… Michael comme à son habitude est déjà à califourchon sur son bateau.
Resté à l’arrière pour fermer la rando, je me rends compte que Myriam n’est pas en grande forme, son rythme est anormalement lent et sa respiration est forcée. Avec Perrine on desserre son gilet et on l’allège un peu. Elle respire mieux mais ne semble pas en meilleur état. Le verdict est sans appel, elle a un mal de mer carabiné, tournis, nausées et tutti quanti. On évoque l’idée de la débarquer à Yport, mais les vagues qui cassent sur la petite plage décident Myriam à supporter son mal et de continuer courageusement la navigation.
Il reste au moins deux tiers du parcours à effectuer et pour éviter que le calvaire ne vire au cauchemar on décide de tracter le kayak de Myriam. D’abord Xavier, puis arrive Jean-Marc. A deux le remorquage est plus facile. Les trois kayaks tracent devant nous à vitesse grand V, certains ont même cru voir Myriam décoller et ricocher sur les vagues. Le reste du groupe poursuit la sortie sous un franc soleil bien dégagé. Les arches qui se superposent au loin se rapprochent, leurs contours de plus en plus nets se découpent sur un fond de plus en plus bleu. Un petit aller-retour de l’autre côté des arches et de l’aiguille creuse et quelques surfs sur les vagues nous ramènent sur la plage d’Etretat où nous retrouverons Myriam soulagée et souriante. Un grand merci à Xavier et Jean-Marc qui nous ont fait sur cette autre plage de Normandie et à leur façon un remake intitulé : « Il faut sauver le soldat Myriam ».
Sur le chemin du retour, le TomTom Normand nous fait passer par le port du Havre. Un site de toute beauté. Rater ça aurait été une pure faute de goût. Dommage que personne n’ait pensé à faire des photos, enfin !
A 22h pile et comme prévu on referme les portes du hangar. Un timing quasi parfait, encore un point commun avec Ocean’13.
Borhane

Une magnifique sortie (si bien contée) et merveilleusement photographiée…
… vivement la prochaine